Actualité de la recherche

Arthrose : où en est la recherche ?

Par France-Rhumatismes le 10 octobre 2012

Interview du Professeur Francis Berenbaum, Chef du service de Rhumatologie à l’hôpital Saint Antoine. Ancien Président de l’OARSI (Osteoarthritis Research Society International), actuellement responsable d’une unité de recherche fondamentale sur l’arthrose à l’université Pierre et Marie Curie à Paris.

Comment définissez-vous la recherche fondamentale en rhumatologie ?

F. Berenbaum : La recherche fondamentale en rhumatologie permet essentiellement de mieux comprendre pourquoi et comment une maladie survient et éventuellement perdure. À partir de cellules ou de tissus de l’organisme, nous allons étudier la physiopathologie d’une maladie, c’est-à-dire explorer et étudier ses mécanismes. Cette recherche fondamentale se déroule dans un laboratoire, dans des éprouvettes, sur des organismes vivants unicellulaires ou des modèles animaux (comme la souris) qui se rapprochent de ce qui se passe chez l’homme.

Quel est le point de départ d’un projet de recherche fondamentale ?

F. Berenbaum : D’une hypothèse. Pour formuler cette hypothèse, il faut avoir analysé toute la littérature scientifique et pris en compte toutes les connaissances acquises sur le sujet. De très nombreux facteurs interviennent pour formuler une hypothèse. Cela peut partir d’une observation ou d’un processus similaire étudié dans une autre maladie, pourquoi tel tissu ne fonctionne-t-il pas ou pourquoi tel processus ne se déroule-t-il pas normalement ?

Que se passe-t-il une fois cette hypothèse posée ?

F. Berenbaum : À ce stade, nous construisons un plan d’expérience, comme un scénario qui décrit de façon détaillée toutes les expériences à réaliser. Une fois ces expériences terminées, nous analysons les résultats et s’ils paraissent cohérents avec l’hypothèse de départ, alors ils sont soumis à des experts pour validation. Ils sont alors publiés dans une revue scientifique et partagés avec la communauté scientifique.
La recherche fondamentale, c’est un travail de fourmi qui se nourrit de tous les programmes de recherche en cours dans le monde entier. Grâce aux revues scientifiques et aux congrès, il y a beaucoup de communication entre les équipes et c’est cela qui permet aux chercheurs d’orienter leur travail plus efficacement.

Quels sont les objectifs de la recherche sur l’arthrose ?

F. Berenbaum : L’arthrose est une maladie hétérogène dont certaines formes sont bénignes alors que d’autres aboutissent rapidement à la destruction de l’articulation. Quand nous faisons un diagnostic d’arthrose, c’est le plus souvent à un stade tardif, c’est-à-dire que le processus est en route depuis plusieurs années. Cela explique au moins en partie les difficultés actuelles à trouver des traitements efficaces.
Avant, nous pensions que l’arthrose était uniquement liée à l’usure du cartilage, donc la recherche s’employait à soulager la douleur. Aujourd’hui, nous savons que c’est une maladie dans laquelle tous les tissus de l’articulation sont en cause. L’os, le cartilage, la membrane et le liquide synovial ont tous un rôle dans les mécanismes de la maladie. Le phénomène d’usure n’est plus le seul facteur connu de destruction du cartilage, il y a d’autres mécanismes qu’il faut étudier et comprendre.

Le premier objectif de la recherche sera de trouver, parmi tous ces acteurs, de nouvelles cibles thérapeutiques, ce qui empêchera à la maladie de s’installer ou d’évoluer. Pour cela, on a observé que les tissus de l’articulation communiquent entre eux grâce à certaines substances qui transportent des messages. Cette communication entre les tissus va faire l’objet de nombreuses recherches dans les prochaines années.

D’une façon plus générale, nous allons explorer les relations entre l’arthrose et d’autres maladies comme l’obésité, le diabète, l’hypercholestérolémie ou l’hypertension artérielle. Nous savons qu’il y a des interactions et nous devons les étudier.

Un deuxième objectif sera de mettre en évidence les facteurs pronostics de l’arthrose, c’est-à-dire comprendre les facteurs qui permettent de prédire la gravité de la maladie avant qu’elle ne soit établie. En d’autres termes, 100 personnes ayant une arthrose débutante ne vont heureusement pas finir avec une prothèse et donc ne vont pas toutes détruire totalement leurs articulations dans les 15 ans à venir. Si nous étions capables d’identifier, dès le début de la maladie, les personnes qui deviendront les plus atteintes, nous pourrions imaginer des traitements agissant tôt.
Donc, on cherche à prédire quelles sont les formes d’arthrose qui vont évoluer vers la destruction de l’articulation, et pour cela nous disposons de 2 pistes. Une première s’intéresse aux biomarqueurs biologiques. Un biomarqueur, c’est l’équivalent du cholestérol pour l’infarctus du myocarde ou la glycémie pour le diabète. Une deuxième piste serait de découvrir un marqueur à l’imagerie, par exemple de mettre en évidence un marqueur visible à l’IRM qui permettrait, dès les premiers examens, de prédire quelles sont les arthroses qui vont évoluer vers une forme sévère.
Au plan thérapeutique, en plus de la recherche sur de nouvelles cibles pharmacologiques, plusieurs équipes travaillent sur la thérapie cellulaire et tissulaire, qui permettrait de réparer ou remplacer le cartilage.

Avec les connaissances actuelles, comment voyez-vous l’avenir de la recherche ?

F. Berenbaum : Entre le moment où nous faisons une découverte chez l’animal, les études précliniques et le moment où le médicament se retrouve en pharmacie, il faut au moins dix ans. Dans l’arthrose, nous sommes plutôt dans les premières phases de développement. Il est imaginable que d’ici quelques années, si nous réunissons les moyens nécessaires, que nous disposions d’un traitement. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il y a déjà quelques pistes très intéressantes, en particulier en ciblant l’os.

Donc, s’agissant d’un traitement pour l’arthrose, vous êtes optimiste ?

F. Berenbaum : Oui, à partir du moment où nous commençons à mettre en évidence des cibles sur lesquelles il serait potentiellement possible d’agir. Il est donc probable qu’un traitement pourra être mis au point dans la prochaine décennie. La condition sera d’avoir en parallèle à ces cibles sur lesquelles agira un nouveau traitement, de nouveaux marqueurs biologiques ou d’imagerie qui permettront de définir les formes de mauvais pronostic au début de la maladie.

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